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Daniel Guillot, Poésie

Poète à ses heures et doté d’une grande sensibilité, Daniel partage avec nous l’enchantement de son amour pour la nature, une nature qu’il ne fait pas que regarder mais qu’il voit dans toute sa splendeur.

 

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaPetite reine

Épervière orangée. Drôle de nom. Pour moi, tu serais plutôt l’ingénue orangée. Comment le dire autrement? Imaginer : se présenter en juin avec une tête de feu, le corps couvert de poils des sépales entourant ton visage jusqu’au cercle de feuilles à ta base. Que des poils! Crains-tu le froid à ce point ou cherches-tu secrètement à te démarquer? Tout cela n’est peut-être pour toi que déguisement! Pour passer inaperçue? Pour reconnaître ceux qui voient et ne font pas seulement regarder. En tout cas, tu es singulière, un cas unique!

Te voir sur le bord d’une clôture ou près d’une bordure d’arbres, m’enchante, captive mon regard. Une beauté. Beauté simple. Le cœur se réchauffe. Un visage de reine dans des vêtements de semaine! Ravissement pour le peintre.

Première rencontre à 5 ans fragile, près d’un fossé, tu parlais déjà à mon cœur.

A l’époque ma sœur prétendait qu’un fin parfum se dégageait de toi. Lui rappelait le gâteau des anges. J’ai bien essayé de savoir si elle disait vrai. Après des inspirations et des inspirations, rien. Pas le moindre filet de parfum. Ma sœur serait-elle simplement gourmande?

Te cueille-t-on? Dans l’heure, tu es déjà toute fanée. Tu n’es pas une fleur à bouquet, c’est certain! Pour t’observer, on doit se mettre à ta hauteur c’est-à-dire à genoux. À l’adolescence, quand je t’ai côtoyée de plus près, la douceur de tes poils a surpris et ravi le botaniste amateur.

Peu exigeante, un terrain pauvre et acide te convient. Tu t’y installes. Débrouillarde, tu émets des stolons pour permettre à tes petites amies de s’installer en douce… pas trop loin. Au sol, tes rosettes de feuilles finissent par étouffer toute concurrence. À nos pieds, une talle d’épervières apparaît. Puis une autre et une autre encore. Et comme tu ne crains pas d’être privée d’eau, tu triomphes là où d’autres n’osent s’aventurer.
Quant à moi, tu peux prendre racine, te multiplier, ta présence me ramène toujours à notre première rencontre. Ce cri spontané, émerveillé de mon cœur d’enfant : ‘’Qu’elle est belle !’’

Daniel Guillot Juillet 2016